samedi 12 janvier 2013

Réinventer l’université québécoise à l’Âge du numérique

L’université québécoise est en crise. Ce profond malaise aux racines économiques a culminé avec les manifestations du « printemps érable ».

Le coût des études grimpe en flèche ainsi que l’endettement des étudiants. La situation n’est pas unique au Québec, elle est pire aux États-Unis où selon Bloomberg, les frais de scolarité se sont accrus de 1120 % depuis 1978 [1].

Or le moteur de toute société avancée est l’éducation qui est également reconnue par l’Unesco comme un facteur important dans l’égalité des chances [2]. L’article 26 de La Déclaration universelle des droits de l'homme proclame que « l'accès aux études supérieures doit être ouvert en pleine égalité à tous en fonction de leur mérite » [3].

Plusieurs questions se posent. Qui doit payer et combien? Peut-on trouver de nouvelles sources de financement? Comment économiser ou réduire les coûts? Un sommet sur l’éducation supérieure au Québec se tiendra en février prochain pour débattre de ces questions et amener on l’espère des pistes de solution.

Face à un problème d'une telle ampleur, on a parfois pas d'autres choix que de penser autrement pour trouver des solutions innovatrices. Et si la technologie pouvait nous aider?

À l’aube d’une révolution industrielle en éducation

Depuis quelques mois, nous assistons au début d’une révolution industrielle en éducation, l’émergence rapide des Cours en Ligne Ouverts aux Masses (CLOM) connus en anglais sous l’acronyme MOOCs (Massive Online Open Courses) [4].

Plus qu’une mode mais sans être une panacée, l’émergence des CLOM rendue possible par les nouvelles technologies de l’internet, particulièrement l’infonuagique [5] (Cloud Computing) [6], ouvre la perspective d’une université sans mur et gratuite.

Rendons hommage au précurseur, la « Khan Academy » fondée en 2006, qui fournit un enseignement gratuit grâce à des milliers de courts tutoriels sur YouTube principalement en mathématiques (www.khanacademy.org).

À l’automne 2011, la première expérience de grande envergure des CLOM a permis à plus de 160 000 étudiants du monde entier de suivre gratuitement un cours universitaire en intelligence artificielle de la prestigieuse université Stanford [7].

La portée géographique de l’infonuagique et son faible coût annonce un « projet éducatif » (d'autres diront un marché) planétaire. Les grandes universités américaines, Stanford et le MIT en tête, utilisent les CLOM comme levier dans une stratégie d'internationalisation de leurs activités et pour attirer les meilleurs étudiants du monde entier [17].

Les entreprises privées ont rapidement emboîté le pas, comme en témoigne la fondation en janvier 2012 de Udacity par Sebastian Thrun [9] qui offre des cours gratuits en ligne. Rappelons que l’ex-professeur de Stanford a dirigé l’équipe à l’origine de l’automobile sans conducteur de Google et du fameux cours d’intelligence artificielle de Stanford, le premier succès des CLOM.

En avril 2012, deux autres professeurs en intelligence artificielle de l’université Stanford, Andrew Ng et Daphne Koller ont reçu 16 millions de capital de risque pour fonder Coursera [10] qui offre des cours d’une trentaine d’universités dont l'École Polytechnique Fédérale de Lausanne qui donnera un premier cours en langue française.

Puis en mai 2012, l’Université Harvard et le MIT (Massachusetts Institute of Technology) créent EdX [11], une coentreprise sans but lucratif pour offrir des cours gratuits sur internet.

Depuis quelques mois, les CLOM se répandent comme une traînée de poudre. Déjà plus de 300 cours listés dans le répertoire Class Central [12] et des dizaines de nouveaux cours s’ajoutent chaque semaine.

Cette première génération de CLOM constitue une réponse innovante et pragmatique à une partie importante des besoins d’enseignement en ligne et à un coût abordable. C'est de la belle ingénierie! Juste ce qu'il faut, pas moins, pas plus.

De la Toile au nuage, qu’est-ce que l’infonuagique?

Inventé en 2007, le terme « Cloud Computing » (en français infonuagique) est emprunté aux diagrammes informatiques où on l’a l’habitude de représenter Internet par un nuage. Mais attention, l’infonuagique n’est pas Internet! Disons simplement qu’Internet rend possible l’infonuagique.

D'ailleurs, ce n'est pas tant une question de technologie mais bien davantage une question d'économie. La principale promesse de l'infonuagique est de rendre l'informatique moins chère grâce à d'importantes économies d'échelle, le partage de ressources (traitement/calcul, stockage) et la consommation à l’usage. On parle de coûts annuels par usager allant de quelques cents à quelques dollars tout au plus.

L’infonuagique consiste à déporter dans des centres de traitement de l’information qui sont de véritables usines, des fermes de serveurs de la taille de plusieurs terrains de football, qui offrent des services informatiques à l'échelle industrielle [13].

L’infonuagique permet d’accéder à la demande et en tarification à l’usage via le réseau Internet à des ressources informatiques (logiciels et données) virtualisées [8] et partagées sous forme de services de n’importe où avec des appareils mobiles, des téléphones intelligents, des ordinateurs portables, des stations fixes ou des micro-ordinateurs conventionnels.

Plus concrètement, quand on utilise Amazon, Gmail, YouTube, Flickr, FaceBook ou iTunes, on utilise déjà l’infonuagique sans s’en rendre compte.

Cela dit, le principal inconvénient de l’infonuagique est le risque de devenir dépendant de son fournisseur.

En effet, il faut pouvoir quitter le service infonuagique à tout moment si jamais les modalités du service évoluent de manière à ne plus satisfaire les besoins ou si une offre concurrente devient plus intéressante. Même si les services proposés sont très avantageux, on ne peut pas prévoir l’évolution future des prix. Si cette migration ou cet arrêt de service est difficile ou même impossible alors on devient dépendant voire pris en otage par son fournisseur (en anglais Vendor Lock-in). Le problème peut être aggravé par le fait que le prestataire de services n’est pas assujetti aux lois locales, sans compter les problèmes de confidentialité des données.

Vers une deuxième génération de CLOM intelligents

Les CLOM de première génération sont encore primitifs par rapport à des systèmes plus sophistiqués comme les systèmes tutoriels intelligents et autres systèmes d’enseignement assisté par ordinateur qui sont restés jusqu’ici confinés aux laboratoires.

Ce n’est qu’une première étape. La partie invisible des CLOM est la collecte massive des données sur le comportement des étudiants. On parle ici du traitement de données massives (en anglais Big Data) dont les résultats serviront à améliorer les CLOM de la prochaine génération [14]. On reconnaît là une pratique courante du Web 2.0 « à la Google » qui consiste à exploiter les données de ses millions d’utilisateurs pour améliorer les résultats de son moteur de recherche. Ici, les données d’utilisation sont une véritable mine d’or car « quand l’usage est gratuit c’est que l’utilisateur est le produit ».

À n’en pas douter, les « grosses têtes » en apprentissage statistique (en anglais Machine Learning) derrière Udacity et Coursera, ne vont pas en rester là. Il vont utiliser toutes les données recueillies pour bâtir les systèmes d'enseignement intelligents du futur. On assistera à une deuxième révolution, celle des CLOM intelligents, alimentée par les données fournies par la révolution des CLOM de première génération.

Puisque le principal frein à la généralisation des CLOM demeure le contrôle du plagiat, on peut facilement imaginer des progrès important du côté de la détection du plagiat en exploitant les possibilités de l'apprentissage statistique, de la lexicométrie et de l'analyse des contenus glanés sur la Toile. L'ultime recours étant la mise en place de salle d'examens spécialement équipées, isolées d'internet avec authentification biométriques des participants et brouillage des communications.

Des « natifs du numérique » branchés et nomades

Parallèlement à ce choc technologique, l’université traditionnelle doit également s’adapter à la clientèle branchée et nomade des « natifs du numérique » (en anglais Digital Natives).

Les étudiants du 21e siècle passent une grande partie de leur vie sur le Web où ils peuvent trouver ou publier des informations, commenter une nouvelle, tenir un blogue, partager des photos, des signets ou des vidéos, enrichir leur profil social, écouter de la musique, regarder des émissions de télé ou des films, interagir avec des amis sur les réseaux sociaux ou suivre les actualités via les sites de microblogues. Tout cela à partir d’un micro-ordinateur portable, d’un téléphone intelligent ou d’une tablette électronique.

Constamment branchés, la génération Y (18 à 34 ans) domine toutes les autres générations dans l’utilisation du Web et l’adoption des nouvelles technologies. Près de 90% des Québécois âgés de 18 à 34 ans possèdent un téléphone mobile, et plus du quart d’entre eux ont un téléphone intelligent [15].

Le modèle traditionnel des étudiants qui consacrent tout leur temps à leurs études est révolu. Les étudiants ont des emplois, des familles, des activités très nombreuses et des horaires morcelés. Les étudiants québécois ont la bougeotte et ils voyagent beaucoup.

Le taux d'emploi des étudiants universitaires à temps plein est passé de 25% en 1978 à près de 80 % en 2009. Plus du quart (26%) des étudiants de premier cycle universitaire travaillent plus de 20 heures par semaine et vingt pour cent (20%) des étudiants de plus de 24 ans ont des enfants [16].

Par conséquent, ils ont moins le temps disponible pour se rendre en cours qui est une activité essentiellement synchrone et « en présentiel » [17] où l'échange entre les apprenants et avec le professeur s'effectue en simultanéité dans un même lieu.

La formule des cours magistraux de deux ou trois heures en amphithéâtre est un anachronisme appelé à disparaître. Les étudiants sont présents physiquement, mais leur attention est ailleurs, parfois distraits à cause précisément des technologies omniprésentes, en train de surfer sur internet ou de taper un texto.

D’ailleurs, le déficit d’attention et le comportement multitâche typique des « natifs du numérique » exige que l’on « saucissonne » la matière à passer en capsule de 10 à 20 minutes maximum ce qui est une pratique courante des CLOM et un gros avantage.

Cela dit, les nouvelles technologie permettent également de palier à ce problème en donnant un accès au contenu en petits morceaux plus digestes, en un lieu et au moment qui convient à l’étudiant (formation à distance asynchrone). Dans une formation à distance asynchrone, l'échange avec les autres apprenants ou avec le professeur s'effectue via des modes de communication ne nécessitant ni d’être dans un même lieu, ni au même moment.

Selon James Hilton, vice-président de l’Université Virginia: «Si l'enseignement supérieur reste synonyme d'accès à l'information, alors il a un énorme problème. Il existe de nombreux moyens plus efficaces pour obtenir des informations que d'assister à des cours en classe pendant quatre ans. » [18].

Dans ce contexte, les moyens traditionnels d’apprentissage comme les cours en classe et les environnements numériques d’apprentissage classiques ne peuvent plus satisfaire les besoins éducatifs des « natifs du numérique ».

L’université du XXIème siècle: l’acquisition des compétences et la recherche

Grâce aux CLOM, les promesses du téléenseignement (en anglais e-learning) et des systèmes d’enseignement intelligemment assistés vont pouvoir se réaliser.

L’enseignement de base étant graduellement assumé par les CLOM, l’université du XXIe siècle s’orientera davantage vers l’acquisition et le maintien des compétences par les étudiants tout au long de leur vie professionnelle.

Libérée d’une partie du fardeau de l’enseignement, l’université pourra aussi se concentrer sur la deuxième composante de sa mission qui est la recherche.

Face à une demande de diversification des moyens d’apprentissage par les natifs du numérique, la mobilité de la main-d’oeuvre et la concurrence des puissances émergentes de l’internet comme Coursera et Udacity, le développement des compétences deviendra un enjeu stratégique majeur pour nos universités.

La certification des compétences aidera à consolider la « valeur des diplômes » décernés par les universités traditionnelles qui devront élaborer des politiques et pratiques visant à assurer l'authenticité des détenteurs de diplômes et des compétences qu’ils ont acquis. L’objectif est d’établir une « barrière des compétences » qui puisera sa légitimité dans la réputation et la proximité des universités traditionnelles avec les besoins des populations desservies.

Déployé sur une infrastructure infonuagique, le portfolio numérique (ou eportfolio) est l’assise technologique sur laquelle établir l’apprentissage par compétences.

Les portfolios sont utilisés depuis longtemps par les artistes pour montrer des exemples de leur travail. En éducation, les portfolios numériques sont utilisés pour les projets d'étudiants et contiennent des documents et artefacts souvent accompagnés de la description des étapes dans la production du projet. Les eportfolios peuvent être utilisés à de nombreuses fins: pour la présentation, pour la recherche d’emploi, pour l’apprentissage en fournissant des données pour les évaluations formatives et sommatives et par l'auto-réflexion, pour l’évaluation des compétences et même la certification en démontrant la satisfaction des normes [19]. Dans ce contexte, on peut également voir le portfolio numérique comme un curriculum vitae avec preuves à l’appui.

Accessible en tout temps sur micro-ordinateur ou plateforme mobile, le portfolio numérique apparait comme l’outil idéal de support à la formation, à l’évaluation et au suivi pour démontrer la progression des apprentissages et l’atteinte des compétences et des critères nécessaires à la certification des formations.

Rejoignons en cela, Gilbert Paquette, chercheur à la Téluq et ancien ministre de la science qui enjoignait les Québécois « à relever le défi de la société du savoir » par le développement de plateformes misant sur l’amélioration des compétences [20].

L’heure n’est plus aux briques mais au numérique!

Nos universités francophones vivent un peu dans l’illusion que la barrière linguistique les protégera de toute menace extérieure. Mais elles s'illusionnent, car des armées de bénévoles (crowdsourcing) ont déjà commencé à sous-titrer et traduire, avec l'assistance d'étonnants outils comme Google Translate, les contenus des CLOM américains en chinois, en espagnol et en français [21].

Trop occupées à se débattre avec leurs problèmes financiers et à bâtir de nouveaux campus de briques et de béton, les universités québécoises ne semblent pas encore conscientes des défis posés par les CLOM.

Mais que va-t-on faire de toutes ces salles de classe vides dans quelques années? L’heure n’est plus aux briques mais au numérique!

Aussi, comme elles ne sont pas les initiatrices des plateformes de CLOM, elles se disent que ce n’est pas bon et elles préfèrent attendre de voir comment cela va évoluer.

Tout de même, saluons EDUlib, une première initiative québécoise par l’Ecole des hautes études commerciales (HEC) qui vise à rendre disponible en accès libre une formation universitaire en français dans le domaine de la gestion [22]. Il resterait donc quelques visionnaires dans nos universités! L’espoir est donc permis...

Basé sur Sakai, un environnement d’apprentissage numérique classique en logiciel libre, EDUlib n’est probablement pas aussi robuste ni échelonnable / extensible (en anglais scalable) que Coursera ou Udacity qui sont capables de rejoindre des populations de centaines de milliers d’étudiants, mais EDUlib permet de se lancer et de prendre de l’expérience avec quelques milliers d’étudiants.

Une infrastructure infonuagique communautaire basée sur le logiciel libre et des normes ouvertes

Comme on ne peut pas créer quelque chose de parfait du premier coup, il faut rapidement prendre de l’expérience en s’emparant de ce qui existe et en y ajoutant du contenu en français.

Les premières expériences passées et pour éviter la dépendance aux fournisseurs (en anglais Data Lock-in) nos universités devraient se doter d’une infrastructure infonuagique de base et louer à la demande des ressources supplémentaires.

L'idée des architectures web échelonnables (Scalable) est précisément de permettre le passage à grande échelle d'une maquette logicielle sans modifier le code et les outils logiciels. C’est le même code informatique qui tourne pour 50 ou 50 000 utilisateurs, seulement le nombre de serveurs est plus grand.

Au moment du déploiement massif, l'avantage de l'infonuagique est de louer à la demande des infrastructures sur les plateformes comme Amazon ou Google. Ainsi on ne paie que pour ce qu'on utilise et on évite de coûteux investissements en immobilisation et achat de matériel. Aussi, on module les coûts en fonction de l'utilisation du CLOM par ses usagers. Si notre cours est très fréquenté, il coûtera plus cher, mais s'il l'est moins on réduira nos coûts et par conséquent nos risques.

Une étude de Meritalk annonce des réductions de coûts de l’ordre de 20 % pour le gouvernement américain grâce à l’infonuagique [23]. Certains avancent même des économies de 30 à 50 %. Le gouvernement du Québec en entier pourrait d’ailleurs en bénéficier.

Afin de mutualiser les risques, les coûts et les expertises, les universités québécoises devraient unir leurs efforts pour participer au développement d’une infrastructure infonuagique communautaire où les logiciels seraient libres et conçus selon des normes ouvertes.

D’autres économies proviendraient alors de l’utilisation de logiciels libres. Cyril Béraud de Savoir-Faire Linux estime à plus de 450 millions de dollars les économies réalisables dans le seul secteur de l’éducation au Québec par l’emploi de logiciels libres [24].

À côté des solutions propriétaires on assiste à l’émergence de solutions infonuagiques en logiciels libres et ouverts. Il existe déjà des plateformes de CLOM « clé en main » en logiciel libre comme Course Builder de Google [25] qui est par contre liée à l'infrastructure Google App Engine et des plateformes infonuagiques génériques comme CloudFoundry de VMWare [26] ou OpenShift de RedHat [27] qui permettent le déploiement sur différentes infrastructures infonuagiques. À n'en pas douter, d'autres plateformes de CLOM en logiciels libres vont voir le jour...

Une option intéressante serait de rejoindre une ou plusieurs initiatives internationales existantes comme EdX (MIT - Harvard - Berkeley) qui annonce que sa plateforme sera en logiciel libre [28] et donc disponible aux autres universités. Nul besoin de réinventer la roue!

Contrairement à ce qu'on pourrait croire, la gratuité n’est pas le seul avantage du logiciel libre. Bien qu'on économise le coût d'acquisition des licences, il existe beaucoup d'autres avantages aux logiciels libres comme l'accès au code source, la capacité de maîtriser le développement technologique et le droit de modifier et de réutiliser.

Pour la médiatisation d’un cours déjà bien préparé et rôdé, les coûts pourraient être modiques car l'université rémunère déjà les professeurs, les technopédagogues et les informaticiens à même ses budgets actuels, il suffirait de réallouer les ressources.

Dans l'optique où l'on devrait sous-traiter totalement ces tâches, une règle du pouce utilisée dans l'industrie de la formation estime qu'un cours en ligne « classique » de 45 h s'amortit en 4 ou 5 diffusions [29]. Dans le cas des CLOM, puisque la diffusion dépasse par des ordres de grandeur le nombre d’étudiants desservis par un cours en ligne « classique », on peut facilement envisager que le cours « se paie » avec une seule diffusion

De plus, l’emploi de normes ouvertes favorise l'interopérabilité. Grâce aux normes ouvertes, les documents et les données deviennent totalement indépendantes d'un logiciel ou d'un fournisseur spécifique. Par exemple, l'adoption de normes ouvertes permet à tous les fureteurs d’afficher de façon identique l’information contenue sur une page Web. Les normes ouvertes permettent également de migrer vers une nouvelle solution logicielle et d'éviter de coûteuses conversions des données. Les solutions basées sur des normes ouvertes apportent alors une plus grande indépendance technologique. On évitera ainsi d'être prisonnier d'un format ou d'une infrastructure propriétaire d’un fournisseur. Cela permet de faire jouer les appels d’offre et la concurrence et de mieux contrôler les coûts.

De plus, l'accès au code source permet aux différents concepteurs, de corriger les erreurs et de s'assurer de la sécurité du logiciel. La disponibilité du code source assure également une plus grande pérennité des logiciels.

Enfin, les entreprises spécialisées en logiciel libre sont souvent de petites entreprises qui profitent de leur proximité avec leurs clients. Il en résulte généralement des retombées économiques plus importantes pour l’ensemble de la communauté.

Un tel modèle de développement communautaire pourrait s’inscrire dans le cadre d’une fondation à l’américaine ou d’une coopérative à la québécoise sous le contrôle des universités et de leur communauté élargie: étudiants, associations professionnelles, employeurs, petites entreprises et pouvoirs publics.

Le projet impliquerait une combinaison naturelle des rôles joué par la Téluq, le CRIM (Centre de recherche informatique de Montréal), le CEFRIO (Centre facilitant la recherche et l'innovation dans les organisations) et le RISQ (Réseau d'informations scientifiques du Québec).

Évidemment, le tout pourrait s’insérer dans un chantier plus vaste, celui d’un plan numérique québécois [30].

Conclusion

À n’en pas douter, Internet qui a révolutionné les communications et bouleversé le monde des médias, s’apprête à révolutionner l’éducation.

Si des institutions comme l’Encyclopédie Universalis ou Brittanica ont pu être détrônées en quelques années par Wikipedia [31], quel est l’avenir des universités traditionnelles face au numérique?

Les CLOM et les logiciels libres représentent un potentiel de renouveau et d’économies importantes pour nos universités. Les ressources dégagée pourraient être réallouées dans la recherche, l'amélioration des cours, l'encadrement des étudiants et pourquoi pas la gratuité scolaire.

Cela dit, il vaudrait la peine de faire au moins une étude économique « sérieuse et impartiale » des économies potentielles de l'utilisation des CLOM et des logiciels libres.

La crise que traverse nos universités représente une opportunité à saisir pour réinventer l’université québécoise à l’Âge du numérique.

Claude Coulombe
architecte logiciel
candidat au doctorat Téluq


[1] http://www.bloomberg.com/news/2012-08-15/cost-of-college-degree-in-u-s-soars-12-fold-chart-of-the-day.html
[2] http://www.unesco.org/new/fr/education/themes/leading-the-international-agenda/gender-and-education/right-to-education/
[3] http://www.un.org/fr/documents/udhr/#a26
[4] http://en.wikipedia.org/wiki/Massive_open_online_cours
[5] « infonuagique » est le néologisme proposé par l'Office québécois de la langue française pour traduire l'expression cloud computing.
[6] http://fr.wikipedia.org/wiki/Cloud_computing
[7] https://www.ai-class.com

[8] http://fr.wikipedia.org/wiki/Virtualisation - La virtualisation désigne ici l'abstraction des ressources informatiques qui permet d'héberger des applications informatiques sur un matériel étranger ou un système d’exploitation différent. La virtualisation permet d'optimiser les ressources informatiques et les coûts.
[9] http://www.udacity.com
[10] https://www.coursera.org
[11] https://www.edx.org
[12] http://www.class-central.com
[13] http://fr.wikipedia.org/wiki/Cloud_computing

[14] Daphne Koller: What we’re learning from online education | Video on TED.com
http://www.ted.com/talks/daphne_koller_what_we_re_learning_from_online_education.html
[15]http://veilletourisme.ca/2012/11/27/divertissement-et-loisirs-de-la-generation-y-quebecoise/
[16] http://www.feuq.qc.ca/IMG/pdf/1011_cau_sources_et_modes_web_vai_fr.pdf
[17] Le terme « présentiel » est utilisé pour désigner le moment où les personnes qui suivent un cours sont réunies dans un même lieu avec un professeur.
[18] Katz, R. N. (2010). The tower and the cloud: Higher education in the age of cloud computing. Educause http://net.educause.edu/ir/library/pdf/pub7202.pdf
[19] Barrett, H. C. (2005), "White Paper: Researching Electronic Portfolios and Learner Engagement", http://electronicporfolios.org
[20] Paquette, G. (2002). Modélisation des connaissances et des compétences. Presses de l’Université du Québec. http://www.puq.ca/catalogue/livres/modelisation-des-connaissances-des-competences-98.html
[21]
http://www.amara.org/en/teams/coursera/

[22] https://edulib.hec.ca
[23] Virtualization Vacuum: The 2012 Government Virtualization Study, Étude réalisée par Meritalk et commanditée par NetApp et Microsoft, 30 janvier 2012 http://www.meritalk.com/virtualizationvacuum

[24] Béraud C. Frais de scolarité : une moitié de la solution, billet de blogue, 15 avril 2012, http://blogs.gplindustries.org/node/60
Une entrevue sur le logiciel libre avec M. Daniel Pascot, président de Facil à l'émission La Sphère de Radio-Canada, le 23 février 2013 - http://goo.gl/nDHl9
[25] https://code.google.com/p/course-builder/
[26] http://www.cloudfoundry.com/
[27] https://openshift.redhat.com/app/
[28] http://gigaom.com/2012/05/02/mit-and-harvard-say-open-source-edx-can-educate-a-billion-people
[29] http://www.designingforlearning.info/services/writing/dlmay.htm
[30] http://plannumeriquequebec.org
[31] Enoch, N. (2012, March 13). Encyclopedia Britannica to cut its print edition - after 244 YEARS, Daily Mail Online. http://www.dailymail.co.uk/news/article-2114646/Encyclopedia-Britannica-cut-print-edition--244-YEARS.html?ito=feeds-newsxml


Note: Ce billet emprunte et complète des travaux et discussions qui ont fait l'objet des publications suivantes:


Ludivine Maggi, Les universités québécoises devancées sur les CLOM, Journal « Quartier l!bre », le journal indépendant des étudiants de l'Université de Montréal, numéro 4, volume 20, mercredi 17 octobre 2012 http://quartierlibre.ca/les-universites-quebecoises-devancees-par-les-autres-universites-canadiennes/


Julie Robert, HEC se met à l'éducation populaire, Journal « Quartier l!bre », le journal indépendant des étudiants de l'Université de Montréal, numéro 6, volume 20, mercredi 13 octobre 2012 http://quartierlibre.ca/hec-se-met-a-leducation-populaire/
Claude CoulombeL'infonuagique éducative : promesses et défis!, Colloque international sur les TIC en éducation, 3 et 4 mai 2012 au Centre Sheraton de Montréal 
http://ticeducation.org/papers/viewPresentation/225

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